Interview #TTLGD : SKANDALYZE

Ingénieur du son, auteur et compositeur, Montgenie Fabrice alias Skandalyze fait partie des pionniers de la musique urbaine Guyanaise. Ayant participé à la compilation Tribute To Léon Gontran Damas avec le titre “Si tu vivais”.  C’est au cours d’un entretien téléphonique que nous avons  échangés avec lui sur son parcours, ses choix et ses projets à venir.

Bonjour, peux-tu nous raconter ton parcours ? 

Je m’appelle Skandalyze, auteur, compositeur et interprète. Je suis né à Bondy en Seine Saint Denis. J’ai grandi  dans la ville de Sevran où j’ai commencé la musique en intégrant un Conservatoire dans lequel j’ai pu apprendre le solfège et à jouer différents instruments.

Par la suite pour diverses raisons, à mes 18 ans j’ai du partir vivre en Guyane avec ma grand mère dans la ville de Saint Laurent du Maroni. A mon arrivée, je me suis rendu compte que les Sound system n’existaient pas encore. Sur scène, les artistes étaient le plus souvent accompagnés par des musiciens. Je me rappelle être arrivé avec plein de vyniles d’instrumentals, du coup j’ai rencontré d’autres personnes qui étaient attirées par le ragga et le dancehall. A force de se rencontrer on a  décidé de créer le groupe DAMANIAK.

En parralèle du groupe, J’ai également fait partie du groupe WONM qui était composé des artistes Warren, Staun et Allan. Ensuite nous sommes tous partis en métropole ce qui nous a permis de participer à plusieurs projets et faire beaucoup de scènes. Après l’aventure Damaniak j’ai décidé de m’occuper de ma carrière solo donc en 2010 j’ai sorti mon 1er street album “Musicalgic” avec lequel j’ai pu tourner en métropole et en Europe.

Comment définirais-tu ton style musical ?

Je dirai que j’ai un style Pop-urbain, après je suis assez ouvert musicalement donc je peux  faire du zouk, du Hip-Hop, la bossa acoustique de la musique carnavalesque.

Le fait que je sois également compositeur me permet de ne pas me limiter musicalement et d’être plus libre. Au final ce serait difficile pour moi de me mettre dans une catégorie même si j’ai des préférences pour certains styles.

Qu’est-ce qui a motivé la création de ton titre « Si Tu Vivais« , comment s’est elle déroulée ?

La négritude fait partie des thèmes que je n’ai jamais cessé d’aborder. Le premier groupe que j’ai monté s’appellait “Les Posse 1848” avec mon petit frère “Moudjahyz” et “Dric c Silly”.

Afin de m’imprégner du thème de la compilation, j’ai dû faire des recherches et lire quelques écrit de Léon Gontran Damas. D’ailleurs j’ai un lien de parenté avec lui de par mon père. Il était donc très important pour moi de participer à ce projet et de donner ma vision des choses en écrivant et composant un titre pour cette compilation.

Que penses-tu de l’héritage de la pensée de Damas et de son évolution aujourd’hui ?

Ce n’est pas parce qu’une rue ou qu’un lycée porte le nom de Léon Gontran Damas que les gens le connaissent. Que ce soit ma génération ou même les plus jeunes cela ne les intéressent pas.

C’est triste mais ce n’est pas de leur faute, c’est pourquoi il est important que des magazines tels qu’Une Saison en Guyane et des gens comme vous fassiez des projets comme celui-ci car cela permet d’en parler et ainsi de préserver un héritage.

Je m’attendais sincèrement à ce que plus d’artistes se sentent concerné par le projet. C’est pourquoi j’ai été étonné quand j’ai découvert la tracklist. Il y a beaucoup d’artistes guyanais qui véhiculent des messages dits “conscients”, je trouve ça malheureux d’en retrouver si peu sur ce type de projets.

Penses tu que les jeunes manquent de repère ?

Plus qu’un manque, je pense qu’il y a une absence de repère et pas seulement au niveau musical. Je me rappelle qu’avant on devait faire l’effort de se déplacer pour faire des recherches. Maintenant tout est à disposition, il suffit d’aller sur internet. Paradoxalement, il y a tellement d’informations que les jeunes se noient dedans et se laissent distraire par certaines choses que le système met en avant.

Donc selon toi la jeunesse guyanaise manque de repère parce qu’elle ne s’intéresse plus à son histoire ?

Ce n’est pas qu’ils ne sont pas intéressés mais si personne ne leur parle de personnages tels que Leon Gontran Damas ou d’autres figures emblématique de la Guyane, comment peuvent-ils avoir des repères ?

Dans le titre « Ma Couleur » sorti en 2010 sur ton projet MUSICALGIC, tu portes un regard accusateur sur un système qui semble ne pas accepter ta couleur, 4 années plus tard sur le titre « Si Tu  Vivais » tu demandes à ceux qui rejettent les autres de se mettre à leur place.

Comment pourrais tu expliquer cette évolution dans ton discours ?

Je pense tout simplement que j’ai dû gagner en maturité, avec le temps et les différentes épreuves de la vie. A travers le titre “Si tu vivais” j’essaie d’expliquer qu’au bout du compte, à l’heure actuelle, nous sommes tous esclaves de l’argent. A partir du moment où tu as de l’argent, tu n’a plus de couleur.

En 2014, nous ne pouvons que constater à quel point il est difficile d’effacer les nombreuses idées erronées qui ont été ancrées dans l’esprit et l’inconscient des Noirs. Lorsque l’on parle de racisme j’ai l’impression que beaucoup pensent encore au fond d’eux même que le Noir est inférieur… ce n’est pas le cas. Le racisme existe bel et bien mais il ne doit pas être un frein, à un moment il faut arrêter de se plaindre et âgir.

Quel est ton actualité et sur quels projets travailles-tu en ce moment ?

Concernant mes projets personnels, je suis en pleine promotion de mon single “Balade Guyanaise”. C’est un extrait de mon prochain album “ Music Madras” qui sera disponible fin 2014. Je prépare également des titres pour la prochaine saison carnavalesque.

En tant que beatmaker je travaille avec plusieurs artistes issus de la scène nationale et Guyanaise.